Petite citation

"Que peut espérer un être jeune qui naît dans un quartier sans âme, qui vit dans un immeuble laid, entouré d'autres laideurs, de murs gris sur un paysage gris pour une vie grise, avec tout autour une société qui préfère détourner le regard et n'intervient que lorsqu'il faut se fâcher, interdire ?"

François Mitterand

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 08:57

Question de circonstances...

Question de circonstances...
Voilà, il fallait bien qu'un jour ou l'autre je fasse un article sur la "guérilla urbaine" qui enflamme Clichy-sous-bois. J'ai mon idée sur la chose mais n'arrive pas ou ne prend pas le temps d'organiser une argumentation. J'ai donc trouvé un article qui correspond bien à mon idée sur la question. En vous rappelant (pour florent que j'entend déjà s'indigner devant son écran), qu'essayer de comprendre un phénomène n'est pas le justifier.

de Bernard Lallement,

"A s'en tenir aux faits, deux certitudes incontournables demeurent dans la tragédie de Clichy sous Bois ; D'une part, il n'y a jamais eu de cambriolage ayant nécessité la venue de la police, mais un (banal ?) contrôle d'identité. D'autre part, afin d'y échapper, deux jeunes mineurs sont morts électrocutés dans un transformateur d'EDF où ils étaient venus trouver refuge.

Il s'en est suivi trois nuits d'échauffourées, dont deux dignes d'une véritable guérilla urbaine, et un jet de grenade lacrymogène, du type de celles utilisées par les CRS, en direction d'une mosquée, dont on nous dit ne pas savoir qui en aurait été l'auteur.

Absurdité, incompréhension et manipulation, tels sont les tragiques constats que nous devons tirer de ce drame.

Absurdité : celle d'une mort de deux victimes innocentes, apparemment affolées à la vue d'un contrôle policier.

Incompréhension : celle des « bons citoyens » face aux « autres », de la ville par rapport à la banlieue, des générations entre elles, de l'Etat face à l'individu, du monde politique avec celui de la société civile. La liste serait bien longue.

Manipulation : comment, en effet, appeler autrement la visite du ministre de l'Intérieur, la veille des incidents, à Argenteuil, caméras, appareils photos et garde du corps aux poings, assurant qu'il « est là pour éradiquer la gangrène (et qu') on va vous débarrasser de cette bande de racaille » ? Après sa promesse de « nettoyer les cités au Karcher » et de « débarrasser la France des voyous », il faudrait être bien naïf pour ne pas voir dans de tels propos la volonté d'un homme politique, présidentiable hautement déclaré, de s'inscrire dans une surenchère ultra sécuritaire dans le but d'appâter un électorat déboussolé, par ailleurs sous le charme des sirènes du Front national. On se souvient d'un Charles Pasqua promettant de « terroriser les terroristes » avec l'insuccès que l'on sait !

La course aux voix, et sa suprématie sur Dominique de Villepin, telle parait être la téléologie de Nicolas Sarkozy.

Qu'il y ait des trafiquants organisant une zone de non droit, dans le but de faire fructifier une économie souterraine, est évident. Mais entretenir l'amalgame et donner des cités, plus particulièrement des jeunes d'origine étrangère, l'image d'une délinquance invétérées, est irresponsable et dangereux. Car, si des organisations maffieuses ont pu prospérer, aux sus et à la vue de tous, c'est bien parce qu'aucune volonté politique résolue n'ait entendu y mettre bon ordre. Ce que l'on feint de découvrir aujourd'hui existe depuis plus de vingt ans.

Au fil du temps, la banlieue s'est nourrie d'exclus rejetés par des métropoles devenant, par choix électoral, des villégiatures de privilégiés. Loyers trop chers, logements sociaux en nombre insuffisant, liés à une raréfaction foncière favorisant la spéculation, les classes populaires n'ont eu d'autres issues que d'émigrer aux périphéries, de plus en plus lointaines générant une urbanisation à deux vitesses et des inégalités allant de paire. Ainsi, en Seine Saint Denis, sur un total de 1.382.861 habitants, seuls 674.000 sont considérés comme actifs. Plus de la moitié perçoivent une allocation de la Caisse d'allocation familiale et 30,1 % vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 590 ¤ par mois). 63 % des habitants sont locataires d'un logement social. 28 % ont moins de 20 ans (38,6 % à Clichy sous Bois). Quant au taux de chômage, il augmente plus vite que dans le reste de l'Ile de France.

Des sauvageons à la racaille

Ce n'est pas un hasard si les incivilités frappent, au premier chef, les symboles de la puissance publique (pompiers, police, services de secours, postes). Car ces jeunes, que l'on nous présente, hier comme des sauvageons (Chevènement), aujourd'hui comme des racailles, se sentent rejetés de l'ordre républicain et, au mieux, frappés du sceau de l'insulte et du mépris par un Etat se voulant l'émanation des seuls « honnêtes gens » pour la tranquillité desquels l'idéologie sécuritaire vaut tous les argumentaires.


Nous sommes en présence d'une véritable crise de civilisation contre laquelle la seule répression, si forte soit-elle, est d'autant plus inefficace qu'elle démontre notre incapacité à restructurer un corps social de plus en plus éclaté.

Nos sociétés occidentales sont frappées par une vacuité du sens. L'instant, déconnecté de toute chaîne signifiante, et l'individu, niant toute notion d'altérité, sont érigés en vertus cardinales. Nous avons été englués dans un arraisonnement du monde à la technique, policière en la circonstance.

Ainsi, le drame de Clichy sous Bois verra se développer sa cohorte de vidéosurveillance (nouveau dieu de la sécurité), de flash ball, de CRS et autres gardes-mobiles, générant un nombre croissant d'interpellations et de fortes peines de prison ferme dont on sait, pourtant aujourd'hui, quelles sont le plus sur moyen d'entretenir les réseaux maffieux.

Renouer le dialogues parait impossible, réinvestir ces lieux de déshérence semblent improbable. Au demeurant, il n'est pas sur que ce soit une priorité. Nous avons tous compris que, d'ici 2007, seule compte la course à la présidentielle avec son cortège de destins individuels dont la victoire dépend, avant tout, des ratés de l'adversaire, ou d'une mise en scène de la peur, et non de solutions à entreprendre pour changer l'ordre des choses.

Clichy sous Bois ne marque pas seulement l'échec d'une politique menée depuis 2002 par Nicolas Sarkozy mais bien celui d'une classe dirigeante déconnectée des réalités quotidiennes et incapable d'inverser le cours des évènements.

Aussi, est-il à craindre de voir s'installer à l'Elysée le vainqueur d'un combat sans âme dans un pays où l'avenir ressemblera, à s'y méprendre, au post humain d'un monde à la Dantec.

Pendant ce temps, le communautarisme prospérera jusqu'à devenir le seul univers des jeunes désoeuvrés dont les révoltes n'auront d'autres issues que de se foudre en révolution. Au grand étonnement de tous.

Bernard Lallement

Article paru le 31 octobre dans le blog "SARTRE" de Bernard Lallement

# Posté le jeudi 03 novembre 2005 13:34

Pleure pas petite sirène

Pleure pas petite sirène
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Ce matin est si clair,
Ce silence est si doux,
Des paroles d'hommes flottent dans l'air,
Tout le monde a rendez-vous.
La nuit est passée toute entière,
Creusée sur nos joues.
Tu déchires tout d'un trait de lumière,
Et c'est la vie tout à coup...
La vie tout à coup.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Ça se voit que tu viens de chez les anges
T'es belle comme tout.
Ça se voit que nos manières te dérangent,
Et ces lumières partout.
Tout ces fantômes qui te touchent,
Ces mains qui te secouent,
Cette bouffée d'air froid dans ta bouche
C'est la vie tout à coup...
La vie tout à coup.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Voilà que tu viens comme une reine,
Juste à la pointe du jour,
Avec dans son écho de porcelaine,
Ton appel au secours.
Comme un signal pour que s'égraine,
Ce temps qui s'enfuit à son tour,
D'abord les heures, les jours, les semaines,
Et puis les années d'amour...
Les années d'amour.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Pleure pas petite sirène...
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.

# Posté le mercredi 02 novembre 2005 16:02

Modifié le mercredi 06 juin 2007 11:54

Quand la mer monte...

Quand la mer monte...
Quand la mer monte, j'ai honte, j'ai honte
Quand elle descend, je l'attends,
A marée basse, elle est partie hélas,
A marée haute, avec un autre.


Quand la mer monte, un film de Yolande Moreau et Gilles Portes, avec Yolande Moreau (je ne cite pas les autres mais bon, l'âme de ce film c'est elle, pour preuve (si on se réfère à ce titre), elle a obtenu le césar de la meilleur actrice 2005.
Cette ex-Deschiens offre un film beau, touchant et qui, loin des clichés habituels du chômage, de l'alcool et du ciel gris, montre des gens du Nord heureux, faisant la fête sans autres artifices que leurs géants, leurs traditions et leurs chansons, et fiers de leur belle région où en plus le soleil est présent (la seule scène de pluie du film a été tournée avec de la pluie artificielle) !

Le Pitch:

Dans le Nord de la france, Irène, une actrice fait la tournée des cantons avec son one woman show (spectacle que Yolande Moreau a bel et bien joué dans ces débuts, avant de faire partie des deschiens), "Une sale affaire". Chaque soir, elle choisit un membre du public pour son jeu, un "poussin". Entre hotels miteux et salles des fêtes vétustes, elle rencontre Dries (Wim Willaert), un porteur de géant qui l'aide alors qu'elle était en panne. Pour le remercier elle lui offre une place, ce soir là ce sera lui, poussin "...Poussin et moi, 2003... BÉTHUNE...
Une grande histoire d'amour qui commence...
Et c'est ça qui est important...
Le début des grandes histoires d'amour...
La fin, on s'en fout !"
Ce leitmotiv de ses spectacles deviendra réalité quand petit à petit, soir après soir, Dries la suivra de ville en ville. Parce qu'elle avait oublié de rêver, mère d'un enfant, femme aimante, actrice sombrant dans la routine, elle rêvera d'une vie avec Dries, le porteur de géant. Lui, ses rêves, ils les porte sur son dos, au grès des tournées. Mais la marée, ce flux de passion spontané doit se retirer aussi vite qu'il est venu...
Voilà, un film qui marque même si il nous laisse un peu sur notre faim et qu'il souffre de quelques longueures.

# Posté le mercredi 02 novembre 2005 15:38

Modifié le vendredi 01 juin 2007 16:14

Quel culot!

Quel culot!
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# Posté le mercredi 02 novembre 2005 10:01